Terres rares : face à la crise des aimants, l’Europe confrontée à la dépendance chinoise

Terres rares : face à la crise des aimants, l’Europe confrontée à la dépendance chinoise

Alors que la « diplomatie des pandas » a refait surface lors de la visite du président français Emmanuel Macron en Chine début décembre 2025, c’est sur un terrain bien plus stratégique que Pékin a affirmé son influence ces derniers mois : celui des terres rares, devenues un levier central de la géopolitique industrielle mondiale.

Composées de 17 éléments chimiques comme le néodyme, le samarium ou le dysprosium, les terres rares occupent une place essentielle dans les technologies de pointe. Bien que leur marché mondial reste relativement modeste, estimé à moins de 10 milliards de dollars, ces matériaux sont indispensables à des secteurs clés tels que les énergies renouvelables, les batteries, les aimants permanents, le nucléaire, le médical ou encore les technologies numériques. À ce titre, ils sont au cœur de la transition énergétique et de la course aux industries du futur.

Contrairement à leur appellation, les terres rares ne sont pas réellement rares dans la croûte terrestre. Leur extraction et surtout leur raffinage constituent cependant des processus complexes, coûteux et fortement polluants. Ces activités engendrent d’importants dégâts environnementaux et de nombreux conflits sociaux, régulièrement dénoncés par des organisations non gouvernementales.

Dans ce contexte, la Chine occupe une position largement dominante. En 2024, elle assurait près de 68 % de la production mondiale, loin devant les États-Unis et la Birmanie. Elle détient également près de la moitié des réserves connues. Mais c’est surtout dans le raffinage que Pékin impose un quasi-monopole, contrôlant plus de 90 % des capacités mondiales. Concrètement, la majorité des terres rares extraites sur la planète doivent transiter par la Chine avant d’être utilisées par les industriels.

Cette dépendance croissante explique pourquoi la question des terres rares s’est imposée dans les grandes enceintes internationales. Lors du sommet du G20 de Johannesburg en novembre 2025, les dirigeants ont souligné, aux côtés des appels à la paix, la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en matières premières stratégiques.

Pour les industriels européens, la crise actuelle des aimants met en lumière une réalité incontournable : faute d’alternatives crédibles à court terme, l’Europe devra composer avec la Chine, tout en accélérant ses efforts pour diversifier ses sources, développer le recyclage et bâtir une véritable souveraineté industrielle dans ce secteur hautement stratégique.

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