
À Gaza, l’attente sans réponses des familles de disparus
Dans la bande de Gaza, des milliers de familles vivent dans l’incertitude la plus totale. Depuis des mois, elles ignorent ce qu’il est advenu de leurs proches portés disparus : certains pourraient être ensevelis sous les décombres, d’autres tués sans que leurs corps aient pu être identifiés, d’autres encore détenus ou emmenés par l’armée israélienne. Faute d’informations, ces familles restent prisonnières d’un deuil impossible, suspendu entre espoir et désespoir.
Tahrir Abou Madi, 40 ans, tente de survivre à cette attente interminable. Sur les murs calcinés de sa maison partiellement détruite, elle inscrit des phrases pour tenir debout. Dans des carnets, elle dessine et écrit pour canaliser sa douleur. « C’est mon cri, l’expression de ma souffrance », confie-t-elle à distance, alors que l’accès de la presse étrangère à Gaza est interdit par Israël depuis plus de deux ans.
Comme de nombreux habitants de l’enclave, la famille Abou Madi est sans nouvelles de deux de ses enfants, Malak et Youssef, âgés de 20 et 18 ans. Leur disparition remonte au 23 février 2024, lors d’une offensive israélienne à Khan Younès, menée dans le cadre des représailles aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023. La famille avait été contrainte de fuir un mois auparavant vers la zone côtière d’Al-Mawassi.
Ce matin-là, Malak et Youssef avaient décidé de retourner à leur domicile pour récupérer des affaires scolaires. Malak poursuivait une formation d’infirmière et faisait du bénévolat à l’hôpital Nasser ; Youssef se préparait à passer le tawjihi, l’examen de fin d’études secondaires palestinien. Tous deux voulaient continuer à étudier malgré la guerre. Ils n’en sont jamais revenus.
Depuis, aucune information fiable n’a permis d’éclairer le sort des deux jeunes adultes. Une absence de réponses qui illustre la tragédie vécue par des milliers de familles gazaouies, condamnées à attendre, sans certitude ni possibilité de faire leur deuil.
