
Cameroun : trois militaires condamnés pour le massacre de Ngarbuh

Trois militaires camerounais ont été condamnés jeudi à des peines de prison pour leur implication dans la mort d’au moins 21 civils lors des violences survenues en février 2020 dans le village de Ngarbuh, situé dans la région anglophone du Nord-Ouest.
Parmi les victimes figuraient treize enfants ainsi qu’une femme enceinte. L’ONG Human Rights Watch avait dénoncé à l’époque une attaque menée conjointement par des soldats et des miliciens peuls, faisant état de maisons incendiées, d’habitants agressés et de pillages.
Des peines jugées inédites
Le Tribunal militaire de Yaoundé a prononcé les condamnations suivantes :
- le sergent Baba Guida : huit ans de prison ;
- le gendarme Haranga Gilbert : dix ans ;
- le caporal Sanding Sanding : cinq ans.
Selon les avocats des victimes et plusieurs observateurs, ces décisions sont rares dans un pays où les poursuites contre des membres des forces de sécurité restent exceptionnelles. Elles sont perçues comme un signal, encore limité, de responsabilité judiciaire.
Un drame au cœur de la crise anglophone
Les faits s’inscrivent dans le conflit qui secoue depuis 2016 les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Des groupes séparatistes y dénoncent une marginalisation politique et économique des populations anglophones.
Le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quarante-deux ans, avait initialement réprimé des manifestations pacifiques, contribuant à l’escalade des tensions.
Selon Human Rights Watch, près de 6 000 civils ont été tués depuis le début des hostilités, dans un conflit marqué par des exactions attribuées aussi bien aux forces de sécurité qu’aux groupes armés séparatistes.
Cette condamnation, bien que symbolique pour les familles des victimes, intervient dans un contexte où la question de l’impunité reste au cœur des critiques adressées aux autorités camerounaises.
