Cacao : en Côte d’Ivoire, la chute des prix plonge producteurs et coopératives dans l’impasse

À Aboisso, les fèves de cacao continuent de sécher à l’air libre, faute de débouchés. Entreposées pendant des mois dans des conditions d’humidité tropicale, elles symbolisent une crise profonde qui secoue le premier producteur mondial de cacao : la Côte d’Ivoire.

Au cœur du problème, un système de prix garanti fixé par l’État. À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, ce prix avait été porté à un niveau record de 2 800 francs CFA le kilo. Mais le retournement du marché mondial à l’été 2025, marqué par un retour à une production abondante, a rapidement fragilisé cet équilibre. Résultat : des exportations ralenties, des stocks en hausse dans les coopératives, et des producteurs parfois laissés sans paiement.

Face à cette situation, les autorités ont décidé en mars dernier de ramener le prix à 1 200 francs CFA. Une décision jugée brutale par les acteurs de la filière. Pour Dongo Yao Kra, président de la coopérative Socoopagos, qui regroupe 2 300 producteurs, les pertes sont considérables. Avec des centaines de tonnes déjà achetées à un prix élevé, la revente à tarif réduit met en péril l’équilibre financier des coopératives et, par ricochet, celui des exportateurs.

Sur le terrain, la colère gronde. De nombreux cultivateurs dénoncent un changement des règles en cours de campagne agricole. À l’image d’Antoine Ouattara Sié Kouabou, père de famille, qui explique ne plus pouvoir faire face à ses charges — scolarité, soins de santé, main-d’œuvre — avec un prix divisé de plus de moitié.

Dans les villages, les réunions de crise se multiplient. À Songan, les producteurs ont exprimé leur frustration face à l’absence de mobilisation du fonds de garantie promis par le Conseil du café-cacao. Certains parlent ouvertement de tromperie et dénoncent un manque de considération pour un secteur pourtant central dans l’économie nationale.

Même constat dans l’ouest du pays, notamment à Duékoué, où les stocks invendus s’accumulent. Selon des producteurs, entre 57 000 et 60 000 tonnes de cacao restent encore en attente d’acheteurs, sur un total de 100 000 tonnes en retard.

Face à cette impasse, les acteurs de la filière appellent à une intervention urgente de l’État ou des exportateurs. L’objectif : permettre aux producteurs d’écouler leurs stocks au prix initial de 2 800 francs CFA, afin d’éviter un effondrement du secteur et de préserver la stabilité sociale dans les zones rurales.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *