Ouganda : scrutin présidentiel marqué par des tensions et des retards de vote

Ouganda : scrutin présidentiel marqué par des tensions et des retards de vote

Les Ougandais sont appelés aux urnes ce jeudi 15 janvier 2026 pour des élections présidentielles et législatives, dans un climat tendu entre le président sortant, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, et l’opposition emmenée par Bobi Wine, chanteur devenu homme politique. Museveni brigue un 7ᵉ mandat, tandis que Wine, 43 ans, se présente comme le « président du ghetto », en référence à sa popularité dans les quartiers défavorisés de Kampala.

Le démarrage du scrutin a été marqué par d’importants retards dans de nombreuses régions. Plusieurs bureaux de vote ont ouvert plusieurs heures après l’heure prévue, en raison de dysfonctionnements des machines biométriques destinées à vérifier l’identité des électeurs et de la non-livraison des urnes dans certains quartiers de Kampala et à Jinja. Dans certains bureaux, le vote a commencé après quatre heures de retard, avec un passage à la vérification manuelle.

« Ils essaient de voler le scrutin », dénonce Respy, une jeune électrice. David Lewis Rubongoya, secrétaire général de la plateforme d’opposition National Unity Platform, a constaté que « dans la plupart des endroits, aucun vote n’avait lieu », dénonçant une « imposture délibérée ».

Le gouvernement reconnaît des problèmes techniques mais assure que toutes les zones touchées passent désormais à la vérification manuelle. Le porte-parole du président, Faruk Kirunda, affirme que le processus se déroule normalement ailleurs, notamment près de certaines zones militaires de Kampala.

Ces dysfonctionnements surviennent après une coupure d’Internet imposée mardi par les autorités, officiellement pour prévenir la diffusion de « fausses informations » et « l’incitation à la violence ». Les Nations unies ont dénoncé cette mesure comme « profondément inquiétante ».

Le climat préélectoral est également marqué par une répression des opposants et des observateurs : journalistes harcelés, suspension de dix ONG, dont certaines d’observation électorale, et arrestations massives de partisans de Bobi Wine. Ce dernier, portant un gilet pare-balles lors des rassemblements, a qualifié l’élection de « guerre » et accusé Museveni de gouverner comme un « dictateur militaire ». Il a promis des manifestations en cas de fraude.

Une autre figure de l’opposition, Kizza Besigye, en procès pour trahison depuis son retour forcé d’exil au Kenya en 2024, reste également dans le viseur du régime.

Malgré les critiques, Museveni conserve un important soutien populaire, certains lui reconnaissant le rôle de stabilisateur de l’Ouganda post-indépendance et de moteur d’une croissance économique soutenue, malgré des scandales de corruption récurrents et une répression persistante de l’opposition.

Ces élections s’annoncent donc hautement sensibles, avec un risque de tensions et violences, reflétant la profonde polarisation politique du pays.

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