
Exécution des peines : comment le BEX du parquet de Dakar redonne force à la décision judiciaire
Longtemps considérée comme le maillon faible de la chaîne pénale, l’exécution des décisions de justice connaît un tournant à Dakar avec la mise en place du Bureau de l’Exécution des Peines (BEX). Créée en janvier 2025 au sein du parquet du Tribunal de grande instance hors classe, cette structure spécialisée ambitionne de mettre fin à l’impunité liée aux peines non exécutées. Un an après son lancement, son coordonnateur, Babacar Beye, dresse un bilan jugé encourageant.
Substitut du procureur depuis août 2023, Babacar Beye est chargé de coordonner ce service dont la mission est d’assurer l’exécution effective, rapide et systématique des décisions pénales. Le BEX veille ainsi à ce que les peines prononcées par les juridictions ne restent pas lettre morte. Il intervient aussi bien dans le suivi des peines privatives ou restrictives de liberté que dans le recouvrement des amendes et dépens, l’exécution des peines accessoires, la gestion des sursis ou encore la contrainte par corps.
Selon son coordonnateur, l’utilité du BEX est majeure pour le système judiciaire sénégalais. En restaurant l’autorité de la chose jugée, il renforce la crédibilité de la justice, lutte contre le sentiment d’impunité et améliore l’efficacité globale de la chaîne pénale.
La création du BEX à Dakar s’inscrit dans une dynamique plus ancienne. Dès 2002, une circulaire du parquet général de Kaolack attirait déjà l’attention sur la nécessité d’une exécution effective des peines. Avec l’appui de partenaires comme Justice Coopération Internationale et l’Union européenne, un premier BEX avait vu le jour en 2019 à Saint-Louis, sous l’impulsion d’Ibrahima Ndoye, aujourd’hui procureur à Dakar. À son arrivée dans la capitale, ce dernier a fait de l’exécution des décisions judiciaires une priorité, mobilisant les moyens humains et logistiques nécessaires avant même l’appui de la chancellerie.
Avant la mise en place du BEX, la situation était préoccupante. De nombreuses peines d’emprisonnement ferme prononcées contre des personnes libres restaient inexécutées jusqu’à prescription. Le recouvrement des amendes était largement défaillant, entraînant des pertes importantes pour le Trésor public. En 2022, par exemple, seules 123 pièces d’exécution avaient été transmises au parquet, pour un montant d’un peu plus de 42 millions de francs CFA, sans véritable suivi.
Un an après son lancement, le BEX affiche des résultats significatifs. Au total, 1 318 dossiers ont été traités, permettant le recouvrement de plus de 58 millions de francs CFA en amendes et dépens. La majeure partie de ces montants a été récupérée via un circuit accéléré, traduisant une nette amélioration par rapport aux années précédentes. Le seul mois de décembre 2025 a permis de mobiliser plus de 10 millions de francs CFA.
Au-delà des chiffres, le BEX a aussi modifié les pratiques. La coordination entre parquet, greffe, administration pénitentiaire et forces de l’ordre s’est renforcée, tandis que les condamnés prennent davantage conscience du caractère inévitable de la sanction. « La peine redevient dissuasive », souligne Babacar Beye, évoquant le cas d’un justiciable affirmant avoir définitivement renoncé au vol après avoir mesuré le coût réel de sa condamnation.
Les montants recouvrés, précise-t-il, sont versés directement au Trésor public, sans aucune manipulation d’argent par le personnel du BEX. Conformément à la réglementation, une part des amendes revient aux collectivités territoriales, le reste alimentant les recettes publiques et le fonds commun des greffes.
Fort de ce premier bilan, le Bureau de l’Exécution des Peines s’impose progressivement comme un outil clé de modernisation de la justice pénale sénégalaise, en réaffirmant un principe fondamental : une décision de justice n’a de sens que si elle est effectivement exécutée.
