Afrique du Sud : l’épidémie de fièvre aphteuse menace l’élevage bovin

Titre : Afrique du Sud : l’épidémie de fièvre aphteuse menace l’élevage bovin

Dans les pâturages de Humansdorp, petite ville agricole de la province du Cap oriental en Afrique du Sud, l’inquiétude grandit parmi les éleveurs face à la propagation de la fièvre aphteuse, une maladie extrêmement contagieuse qui frappe durement le cheptel.

« Lui, il ne s’en sortira pas », confie l’éleveur Igsahn Felix en désignant un veau affaibli dans un pâturage. Dans cette région où l’on compte plus de deux têtes de bétail par habitant, l’élevage constitue l’un des piliers de l’économie locale.

Une maladie qui se propage rapidement

Près de 1 000 foyers de la maladie ont déjà été recensés dans le pays et les neuf provinces sud-africaines sont désormais touchées. Des cas ont également été signalés ces derniers mois au Zimbabwe, au Botswana et en Eswatini.

Aux abords de certaines zones agricoles, des dispositifs sanitaires ont été mis en place : des agents pulvérisent notamment des solutions virucides sur les roues des véhicules afin de limiter la propagation du virus.

Dans la coopérative d’éleveurs à laquelle appartient Igsahn Felix, 128 bovins sur 245 sont tombés malades, dont 14 ont succombé. La maladie provoque des lésions dans la bouche et entre les sabots des animaux, les empêchant de se nourrir.

Des pertes économiques importantes

La zone touchée, située à une centaine de kilomètres de Gqeberha (anciennement Port Elizabeth), a été placée en quarantaine. Toute vente ou abattage de bétail y est interdit.

Pour les 22 éleveurs de la coopérative, les pertes s’élèvent déjà à 180 000 rands, alors que leurs revenus annuels atteignent habituellement 540 000 rands.

« Si nous avions reçu les vaccins plus tôt, la maladie ne se serait pas autant propagée », déplore l’éleveur, dénonçant une réaction tardive des autorités.

Des vaccins arrivés tardivement

Le ministre sud-africain de l’Agriculture, John Steenhuisen, membre de l’Alliance démocratique (DA), a annoncé en février vouloir se consacrer pleinement à la gestion de cette crise.

Fin février, 2,5 millions de doses de vaccin sont finalement arrivées dans le pays. Selon le vétérinaire Anthony Davis, impliqué dans la cellule de crise, leur utilisation devra être ciblée, car plus de 3,7 millions de bovins vivent dans les zones situées à moins de 10 km des foyers d’infection.

Une filière déjà fragilisée

L’épidémie a également des conséquences sur les exportations : la viande bovine sud-africaine est désormais interdite dans plusieurs marchés internationaux, notamment en Chine et en Zambie.

Les exploitations laitières sont particulièrement vulnérables. Lors de la précédente crise, en 2024, les pertes avaient atteint entre 5 et 7 millions de rands par millier de vaches, rappelle l’éleveur Rufus Dreyer.

La présence à Humansdorp de la grande entreprise laitière Woodlands Dairy, qui emploie plus d’un millier de personnes, accentue les inquiétudes locales.

Sécheresse et propagation du virus

La crise survient après plusieurs mois de sécheresse sévère : moins de 60 % des précipitations habituelles ont été enregistrées depuis août, selon les données du Service météorologique sud-africain.

Dans cette province qui compte près de quatre millions de bovins, les éleveurs redoutent désormais une propagation accrue du virus, qui pourrait être transporté par le vent.

Face à cette menace, tout le secteur agricole du Cap oriental retient son souffle.

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