
Venezuela : le silence d’Erdogan après l’intervention américaine fait polémique en Turquie
Le mutisme de Recep Tayyip Erdogan sur la situation au Venezuela, pendant près de trois jours après l’intervention américaine ayant conduit à l’enlèvement de Nicolás Maduro, a déclenché une vive controverse politique en Turquie. Le sujet oppose frontalement le pouvoir en place à la principale force d’opposition.
La polémique a été lancée samedi 3 janvier par Özgür Özel, chef du Parti républicain du peuple (CHP), lors d’un meeting à Çankiri, au nord d’Ankara. Quelques heures seulement après l’opération américaine, le dirigeant de l’opposition a dénoncé l’absence de réaction du président turc, rappelant son soutien appuyé à Nicolás Maduro après sa réélection contestée en 2018.
« À l’époque, Erdogan disait : “Mon frère Maduro.” Aujourd’hui, il n’a pas prononcé un seul mot sur ce qui se passe au Venezuela », a lancé Özgür Özel devant ses partisans. Il a accusé le chef de l’État turc de craindre Donald Trump, l’accusant d’avoir multiplié les concessions diplomatiques et économiques pour obtenir une rencontre à la Maison-Blanche, notamment l’achat d’avions Boeing et l’octroi de ressources stratégiques. « Il manque de courage », a-t-il martelé sous les applaudissements.
La charge a été relayée le lendemain par Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et figure majeure de l’opposition, actuellement incarcéré. Dans un message publié sur le réseau social X, il a fustigé ce qu’il qualifie de politique étrangère incohérente et opportuniste du pouvoir. « Ceux qui gouvernent notre pays par des politiques sans principes deviennent silencieux face aux crises internationales. La voix de la Turquie s’est éteinte », a-t-il écrit, estimant que cette attitude affaiblit la crédibilité diplomatique du pays.
Alliée de longue date du régime chaviste, la Turquie se retrouve aujourd’hui dans une position diplomatiquement inconfortable, tiraillée entre son partenariat avec Caracas et ses relations stratégiques avec Washington. Le silence prolongé d’Ankara, dans un contexte international explosif, alimente ainsi un débat interne rare par son intensité, révélant les fractures politiques et diplomatiques autour de la place de la Turquie sur la scène mondiale.
