Mbeubeuss face à sa mutation : les récupérateurs redoutent d’être sacrifiés sur l’autel de la modernisation

Mbeubeuss face à sa mutation : les récupérateurs redoutent d’être sacrifiés sur l’autel de la modernisation

La visite du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Abdourahmane Diouf, ce lundi 5 janvier 2026 à la décharge de Mbeubeuss suscite à la fois espoirs et inquiétudes. Si les autorités mettent en avant les ambitions de modernisation portées par le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (Promoged), plus de 3 000 récupérateurs craignent, eux, d’être exclus de cette transformation annoncée.

Dès l’aube, les silhouettes des récupérateurs se dessinent dans un brouillard de fumée au sommet des montagnes d’ordures. Hommes, femmes et parfois enfants fouillent inlassablement les déchets à la recherche de plastique, de métal ou de carton à revendre. Exploitée depuis 1968, la décharge de Mbeubeuss constitue aujourd’hui le seul moyen de subsistance pour des milliers de familles.

La peur du chômage

Pour Mouhamadou Wade, secrétaire général de l’Association des récupérateurs de Mbeubeuss, l’inquiétude est profonde. « La majorité des récupérateurs ont moins de 40 ans, mais il y a aussi des personnes âgées. On nous parle de réhabilitation conforme aux normes environnementales, mais cela risque surtout de nous priver de notre travail. On annonce le recrutement de seulement 500 récupérateurs. Que deviendront les 2 500 autres ? », s’interroge-t-il.

Modernisation ou mise à l’écart

Le Promoged, qui ambitionne de transformer Mbeubeuss en un site moderne de gestion des déchets, ne prévoit qu’une intégration partielle des travailleurs informels. Une perspective vécue comme une menace par ceux qui tirent leur survie de ce site. « On nous parle de modernisation, mais pour nous, cela ressemble davantage à une exclusion », déplore Ibrahima Kanté, récupérateur depuis plusieurs années.

Dans un environnement marqué par les fumées toxiques, les odeurs suffocantes, la poussière brûlante et les incendies fréquents, les risques sanitaires sont constants. Pour tenter de s’organiser face à la précarité, les récupérateurs — communément appelés “Boudiouman” — ont mis en place une coopérative. Mais ils disent attendre un accompagnement réel de l’État, notamment pour la prise en charge des travailleurs âgés ou retraités.

La pression des entreprises étrangères

À ces craintes s’ajoute la dénonciation d’une concurrence jugée déloyale. « Le kilo de déchets qui se vendait à 100 FCfa est aujourd’hui acheté à moins de 50 FCfa par certaines sociétés, notamment chinoises. Elles transforment ces déchets et les exportent. Si cela continue, notre activité disparaîtra », alerte Mouhamadou Wade.

Comme le rapporte le quotidien Le Soleil, les récupérateurs redoutent de voir leur rôle progressivement effacé au profit d’acteurs industriels plus structurés et financièrement puissants, au moment même où l’avenir du plus grand dépotoir du Sénégal est en train de se redessiner.

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