
Le conflit avec l’Iran pousse les États du Golfe à reconsidérer leurs alliances sécuritaires avec Washington
L’escalade du conflit impliquant l’Iran conduit plusieurs pays du Golfe à réévaluer leurs relations de sécurité avec les États-Unis, selon Hussein Ibish, chercheur principal à l’Institute of Gulf Arab States in Washington.
Interrogé par Al Jazeera, l’analyste estime que les attaques visant des États accueillant des bases militaires américaines remettent en question l’efficacité des garanties sécuritaires offertes par Washington. Selon lui, ces événements constituent un nouveau tournant dans une série de doutes apparus depuis plusieurs années, notamment depuis la présidence de Barack Obama et les débats autour de la « ligne rouge » sur l’usage d’armes chimiques par le régime syrien.
Pour Hussein Ibish, la promesse implicite de protection associée à l’accueil de forces américaines ne semble plus produire les effets attendus. Il rappelle que cette stratégie n’a pas empêché certaines attaques majeures dans la région, citant notamment les frappes contre l’Arabie saoudite en 2019, attribuées à l’Iran, ou encore l’attaque visant Abou Dhabi en 2020, menée par les rebelles houthis du Yémen.
L’analyste évoque également la situation du Qatar, qui, malgré sa coopération sécuritaire avec Washington, n’aurait pas été totalement épargné par les tensions régionales. Selon lui, l’ensemble des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont été exposés à des attaques ou à des menaces directes de l’Iran, malgré leurs partenariats stratégiques avec les États-Unis.
Dans ce contexte, des pays comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite auraient pris conscience que leur implication dans la stratégie américaine de confinement de l’Iran pourrait les exposer davantage, sans pour autant leur garantir une protection totale.
Selon Hussein Ibish, cette situation pourrait transformer les États du Golfe en cibles privilégiées pour Téhéran, qui chercherait à exercer une pression non seulement sur Washington, mais également sur l’économie mondiale. En effet, toute perturbation dans cette région stratégique pourrait avoir des répercussions globales, étant donné le rôle central du Golfe dans les exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) vers des économies majeures comme la Chine, le Japon, l’Inde ou la Corée du Sud.
Ainsi, la crise actuelle pourrait marquer un moment charnière dans les équilibres sécuritaires du Golfe, poussant certains États à repenser leur dépendance stratégique à l’égard de Washington.
