
L’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement en République démocratique du Congo (RDC) prend une ampleur de plus en plus préoccupante. Selon le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, la progression actuelle de la maladie pourrait conduire l’épidémie à dépasser celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, jusque-là la plus importante jamais enregistrée.
Les autorités congolaises ont recensé, au 11 août, 4 449 cas confirmés et 2 061 décès. Le bilan fait de cette épidémie la deuxième plus importante de l’histoire d’Ebola et, selon l’OMS, sa progression est particulièrement rapide.
L’Ituri concentre l’essentiel des cas
La province de l’Ituri demeure l’épicentre de la flambée épidémique. Près de 90 % des cas et 80 % des décès y seraient concentrés, avec une transmission persistante signalée notamment à Bunia, Rwampara, Nizi et Lita.
L’un des principaux sujets d’inquiétude concerne les décès enregistrés directement au sein des communautés. Une partie importante des victimes ne figurait pas parmi les personnes déjà identifiées comme contacts de cas confirmés. Pour l’OMS, cette situation laisse penser que plusieurs chaînes de transmission échappent encore aux dispositifs de surveillance.
L’organisation veut donc renforcer la recherche des contacts afin de faire passer sa couverture d’environ 80 % à 95 %.
Les capacités de prise en charge vont être renforcées
Face à l’accélération de la transmission, les autorités sanitaires prévoient également une augmentation importante des capacités de traitement. L’objectif est de porter la capacité disponible à environ 3 000 lits dans les douze prochaines semaines, contre environ 900 actuellement.
Plus de 21 000 agents de santé communautaires ont par ailleurs été formés pour participer à la surveillance, à la sensibilisation et à la réponse sur le terrain.
Malgré la gravité de la situation, 886 patients ont déjà été déclarés guéris, selon les données communiquées par l’OMS.
Deux vaccins entrent en phase d’essais cliniques
La réponse médicale s’appuie également sur la recherche. Deux vaccins spécifiquement développés contre le virus Ebola Bundibugyo, responsable de l’actuelle épidémie, sont entrés en phase 1 d’essais cliniques. Cette première étape vise principalement à évaluer leur sécurité chez l’être humain.
L’épidémie actuelle est particulièrement difficile à maîtriser en raison de son environnement opérationnel complexe. L’OMS avait déjà classé le risque lié à cette flambée comme très élevé au niveau national et élevé au niveau régional, dans une évaluation publiée en mai.
Une épidémie probablement plus ancienne qu’annoncé
Autre préoccupation : la date exacte du début de l’épidémie reste difficile à établir. Selon le Dr Chikwe Ihekweazu, de l’OMS, la circulation du virus aurait probablement commencé deux à trois mois avant la déclaration officielle de l’épidémie.
Les premières investigations rétrospectives avaient déjà révélé des cas et des décès suspects dans plusieurs zones de santé de l’Ituri avant la confirmation officielle du virus Bundibugyo en mai.
Cette détection tardive pourrait expliquer, en partie, l’ampleur actuelle de la transmission.
Un financement encore insuffisant
La réponse internationale reste par ailleurs confrontée à d’importants besoins financiers. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au Plan continental de préparation et de riposte, seuls 264 millions de dollars avaient été décaissés au moment du point présenté par l’OMS.
Pour les responsables sanitaires, le renforcement des moyens ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les infrastructures médicales. L’implication des communautés demeure essentielle pour identifier rapidement les cas, retrouver les contacts et limiter la transmission.
« À ce stade, le message est très clair : nous ne sommes pas là où nous devons être », a résumé le Dr Ihekweazu, appelant à une intensification urgente de la riposte.
Déclarée officiellement en mai 2026, l’épidémie de virus Bundibugyo en RDC constitue déjà une urgence de santé publique de portée internationale. Face à la progression rapide du nombre de cas et de décès, les prochaines semaines seront déterminantes pour éviter qu’elle ne dépasse le bilan de l’épidémie historique d’Afrique de l’Ouest.
