
Le président de l’Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, appelle à renforcer l’intégration du secteur bancaire européen afin de faire du financement un véritable levier de compétitivité et de croissance pour l’Union européenne.
Dans un entretien accordé à la lettre d’information consacrée à la supervision de la Banque centrale européenne (BCE), il estime que les banques doivent pouvoir opérer plus facilement à l’échelle du marché unique et accompagner les entreprises au-delà des frontières nationales.
Des banques capables de financer l’économie européenne
Pour Kyriakos Pierrakakis, la compétitivité de l’Europe dépend avant tout de sa capacité à mobiliser davantage de capitaux pour financer l’investissement.
Il plaide ainsi pour des établissements bancaires capables d’intervenir dans plusieurs pays européens, afin d’orienter plus efficacement l’épargne et les liquidités vers les secteurs et projets considérés comme stratégiques.
Cette intégration permettrait également, selon lui, de faciliter l’accès au financement pour les entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises (PME).
Le président de l’Eurogroupe rappelle que les banques représentent environ 70 % du financement de l’économie européenne. Malgré le développement des marchés de capitaux, elles devraient donc continuer à jouer un rôle central dans le financement de l’activité économique.
L’Union bancaire et l’épargne au service de l’investissement
Kyriakos Pierrakakis considère l’Union bancaire comme un complément indispensable à l’Union de l’épargne et des investissements (UEI).
L’objectif de cette dernière est notamment de mobiliser l’importante épargne disponible en Europe pour la diriger davantage vers l’investissement productif.
Pour l’Eurogroupe, ces deux mécanismes doivent fonctionner de manière complémentaire : les marchés de capitaux doivent favoriser la mobilisation de l’épargne, tandis qu’un secteur bancaire plus intégré doit permettre aux entreprises d’accéder plus facilement aux financements dont elles ont besoin.
Vers une réglementation plus simple
Le responsable européen défend parallèlement une simplification du cadre réglementaire applicable aux banques.
Il ne s’agit pas, selon lui, d’affaiblir les exigences prudentielles, mais de rendre les règles plus simples, cohérentes et prévisibles.
La réduction des complexités jugées inutiles pourrait, à ses yeux, améliorer la transparence du système, faciliter le travail des autorités de supervision et réduire les coûts de fonctionnement des établissements bancaires.
Un enjeu stratégique face à l’essor de l’intelligence artificielle
La transformation technologique constitue également un argument en faveur d’une plus grande consolidation du secteur.
Face aux risques opérationnels et aux menaces cyber associés notamment au développement d’outils d’intelligence artificielle puissants, Pierrakakis estime que les opérations transfrontalières et la consolidation bancaire peuvent donner aux établissements une taille critique suffisante pour investir davantage dans l’innovation et renforcer leur résilience.
Construire une véritable banque européenne
L’ambition affichée est donc de dépasser la logique d’une simple harmonisation des règles pour construire un marché bancaire véritablement européen, capable de soutenir les investissements et la croissance à long terme.
L’Union bancaire constitue déjà l’un des piliers de l’Union économique et monétaire. Elle vise notamment à renforcer la solidité des banques, harmoniser leur supervision et permettre la résolution des établissements en difficulté avec un recours minimal à l’argent des contribuables.
Elle regroupe les pays de la zone euro, tandis que les États membres qui n’utilisent pas encore la monnaie unique peuvent également participer au dispositif à travers une coopération étroite avec la BCE.
Pour Kyriakos Pierrakakis, la prochaine étape consiste désormais à transformer cette architecture en un véritable outil de compétitivité européenne, capable de faciliter la circulation des capitaux et de financer les priorités économiques de l’Union.
