
Les fumées dégagées par les incendies qui touchent les Hautes-Fagnes ont provoqué, dimanche, un épisode de pollution atmosphérique exceptionnel dans plusieurs provinces wallonnes. À Vielsalm, les concentrations de particules fines PM10 ont atteint 765 microgrammes par mètre cube, alors que le seuil correspondant à une qualité de l’air jugée « exécrable » est fixé à 140 µg/m³.
Malgré l’ampleur du phénomène, aucun message Be-Alert n’a été envoyé aux habitants au moment du pic de pollution. Le bourgmestre de Vielsalm, Elie Deblire, a regretté avoir reçu l’alerte du gouverneur de la province seulement à 23h36, plusieurs heures après le pic enregistré vers midi.
Un épais nuage de fumée sur plusieurs provinces
Les fumées des incendies ont été poussées par les vents vers le sud avant de se retrouver bloquées dans les basses couches de l’atmosphère. Elles se sont ensuite déplacées vers l’ouest, touchant notamment les provinces de Liège, du Luxembourg et de Namur.
Les communes situées au sud-est de la province de Liège, parmi lesquelles Malmedy, Stavelot, Trois-Ponts et Lierneux, ont particulièrement été exposées.
À Vielsalm, la concentration en particules PM2,5 a également atteint un niveau exceptionnel, avec 652 µg/m³ enregistrés dimanche à midi. À titre de comparaison, le niveau considéré comme « exécrable » pour ces particules commence à 75 µg/m³.
Le phénomène a également été observé plus au sud. La station de Bastogne a enregistré un pic de PM10 de 228 µg/m³, tandis que celle de Sinsin, dans la commune de Somme-Leuze, a relevé 255 µg/m³.
Des risques importants pour la santé
Les particules fines issues des incendies présentent un risque particulier en raison de leur capacité à pénétrer profondément dans l’organisme. Elles peuvent atteindre les voies respiratoires et, pour les particules les plus fines, passer dans le système sanguin.
Selon les spécialistes, une exposition importante peut provoquer des réactions inflammatoires pulmonaires et augmenter les risques de problèmes cardiovasculaires. À plus long terme, la pollution aux particules fines est également associée à des pathologies respiratoires et à certains cancers.
Les personnes souffrant d’asthme ou de maladies cardiovasculaires sont particulièrement vulnérables lors de tels épisodes de pollution.
Une alerte jugée trop tardive
Face à la densité des fumées, les autorités sanitaires recommandaient notamment de rester à l’intérieur, de fermer les portes et fenêtres et de limiter l’entrée d’air extérieur. Ces consignes n’ont toutefois été communiquées que dimanche soir par l’Agence wallonne pour une vie de qualité (AVIQ).
Des communes, des services de secours et certaines zones de police avaient déjà publié des messages sur les réseaux sociaux, principalement pour inviter la population à éviter les activités extérieures et à ne pas encombrer les services d’urgence.
Mais aucun SMS Be-Alert n’a été envoyé aux citoyens pendant le pic de pollution.
Un dispositif d’alerte remis en question
La gestion de cet épisode soulève désormais des interrogations sur la chaîne d’alerte et la capacité des autorités à réagir rapidement à un phénomène exceptionnel.
Selon les explications données par le porte-parole de la cellule interrégionale de l’environnement Celine, le dispositif actuel prévoit notamment que certains seuils de pollution soient dépassés pendant 24 heures et que les prévisions annoncent leur maintien pendant les 24 heures suivantes avant qu’une procédure d’alerte soit déclenchée.
Un mécanisme qui semble davantage adapté aux épisodes de pollution liés au chauffage ou aux conditions météorologiques stagnantes qu’à un panache de fumée provoquant des concentrations extrêmement élevées pendant quelques heures.
L’épisode des Hautes-Fagnes pourrait ainsi conduire les autorités wallonnes à revoir leurs procédures afin d’améliorer la rapidité de l’information en cas de pollution exceptionnelle.
Une alerte déclenchée en France
De l’autre côté de la frontière, la situation a également été surveillée de près. ATMO Grand Est a déclenché lundi une procédure d’alerte à la pollution atmosphérique après la détection d’un pic de particules et d’oxydes d’azote attribué notamment aux incendies en Belgique.
Des mesures de précaution ont été recommandées à la population française. Près de 100 000 masques FFP2 ont par ailleurs été distribués aux services de secours et aux personnes considérées comme vulnérables dans les secteurs proches des incendies.
Les autorités wallonnes s’attendent enfin à ce que les fumées persistent encore plusieurs jours, voire plusieurs semaines, renforçant la nécessité d’une surveillance accrue de la qualité de l’air et d’une information plus rapide de la population.
