Europe–Afrique : le temps est venu de penser en projets, pas seulement en partenariats

Entre l’Europe et l’Afrique, les rencontres sont nombreuses. Des délégations se déplacent, des conférences sont organisées, des échanges ont lieu et des partenariats sont régulièrement annoncés. C’est une bonne chose, car le dialogue entre les deux continents reste important. Mais une question me paraît essentielle : qu’est-ce qui reste concrètement après les rencontres ?

À mon sens, le partenariat ne doit pas être une fin en soi. Il doit être le début de quelque chose de concret. Un projet doit d’abord partir d’un besoin réel et d’une réalité locale. Si un territoire manque d’eau, par exemple, la question ne consiste pas seulement à chercher une nouvelle ressource. Il faut aussi penser au stockage, au traitement, à la distribution, à l’entretien des réseaux et à la gestion de la ressource dans le temps. Pour une ville qui se développe, il faut également regarder les routes, l’assainissement, l’habitat, l’énergie, les transports et les équipements nécessaires à cette croissance.

C’est souvent à ce niveau que l’on voit la différence entre une idée et un véritable projet. Une idée peut être présentée rapidement. Un projet demande davantage de travail. Il faut comprendre le territoire, identifier les besoins, étudier les possibilités, connaître les contraintes, mobiliser les compétences nécessaires, rechercher les financements et penser à la réalisation. Mais il faut surtout penser à l’après. Une infrastructure ne s’arrête pas le jour de son inauguration. Un réseau d’eau doit être entretenu, une route doit être suivie, un bâtiment doit être maintenu et une station d’épuration doit continuer à fonctionner correctement. La réussite d’un projet se mesure aussi dans sa capacité à durer.

L’Europe et l’Afrique disposent chacune de nombreuses compétences. En Europe, il existe des entreprises, des collectivités, des centres de recherche et des professionnels qui ont développé une expérience dans différents domaines. En Afrique aussi, il existe des entrepreneurs, des chercheurs, des techniciens, des collectivités et des professionnels qui connaissent leurs territoires et leurs réalités. Il ne s’agit donc pas simplement de se demander ce que l’un peut apporter à l’autre. Il faut surtout se demander comment ces compétences peuvent travailler ensemble autour d’un objectif concret.

Dans cette réflexion, la diaspora peut également avoir un rôle important. Une partie de la diaspora africaine en Europe connaît les réalités de son pays d’origine tout en ayant acquis une expérience professionnelle et une connaissance de l’environnement européen. Cette double expérience peut être utile pour créer des passerelles. Mais la diaspora ne doit pas être considérée uniquement comme un public que l’on invite à des rencontres ou à des événements. Elle peut aussi participer à l’identification des besoins, à la mise en relation des compétences, à la préparation de projets et au suivi de certaines initiatives. Elle peut aider à passer d’un échange à une coopération, puis d’une coopération à un projet.

Les villes et les territoires peuvent eux aussi jouer un rôle majeur. Les relations entre l’Europe et l’Afrique ne doivent pas toujours être pensées uniquement à travers les capitales. Elles peuvent aussi se construire entre des villes, des régions et des acteurs locaux. Une ville européenne peut partager son expérience dans la gestion de l’eau, des déchets, de la mobilité ou de l’aménagement. Une ville africaine peut, de son côté, apporter sa connaissance du terrain et de ses propres besoins. Il ne s’agit pas de copier un modèle. Chaque territoire a ses particularités. Il faut plutôt chercher ce qui peut être adapté et construit ensemble.

L’Afrique évolue rapidement. Les villes grandissent, les besoins en infrastructures augmentent et les questions liées à l’eau, à l’énergie et à l’environnement deviennent de plus en plus importantes. Cela oblige à penser plus loin que le projet immédiat. Construire une route, ce n’est pas seulement construire une route. C’est permettre à des personnes de se déplacer, à des entreprises de travailler, à des territoires d’être mieux connectés et à une activité économique de se développer. De la même manière, investir dans l’eau ne consiste pas uniquement à construire un réseau. C’est aussi protéger une ressource, améliorer les conditions de vie et préparer l’avenir.

C’est dans cette approche que je vois une partie de l’avenir des relations Europe–Afrique. Les partenariats restent nécessaires, mais ils doivent pouvoir déboucher sur des réalisations concrètes. Une étude, une formation, une infrastructure, une entreprise, un investissement, une innovation ou une coopération entre territoires peuvent donner une véritable portée à une relation entre acteurs.

Au fond, il ne s’agit pas de faire moins de partenariats. Il s’agit de leur donner davantage de sens. Un partenariat prend toute sa valeur lorsqu’il permet de faire naître un projet, et un projet prend toute sa valeur lorsqu’il répond réellement aux besoins d’un territoire et peut durer dans le temps.

C’est peut-être ainsi que nous pouvons continuer à construire le lien entre l’Europe et l’Afrique : en rapprochant les compétences, les territoires et les personnes autour de projets concrets, avec une vision qui dépasse la rencontre du moment et regarde déjà vers les générations futures.

Ali Tastaout
Expert international en génie civil et bâtiment
Chercheur en développement durable
Directeur d’un bureau d’études et de recherche — Maroc
Conseiller stratégique et développement — Diaspora Pulse
Conseiller stratégique dans plusieurs institutions en Belgique

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