
Les lignes de fracture se précisent au sommet de l’État sénégalais. Des divergences apparaissent entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, tandis que la majorité écrasante du parti Pastef à l’Assemblée nationale pourrait devenir un levier politique décisif.
Lors de l’Assemblée générale de la coalition DiomayePrésident, le leader du mouvement Awalé, le Dr Abdourahmane Diouf, ministre de l’Environnement et de la Transition énergétique, n’a pas ménagé le Premier ministre, lançant une pique à peine voilée contre Ousmane Sonko. « Personne ne pourra réécrire l’histoire. C’est la coalition DiomayePrésident qui a élu le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. C’est cette victoire qui a ensuite permis à Pastef de remporter les élections législatives », a-t-il affirmé.
Cette sortie sonne comme un avertissement dans la perspective d’une éventuelle bataille pour le contrôle de l’Assemblée nationale, où Pastef détient actuellement 130 sièges sur 165. Lors des législatives anticipées du 17 novembre 2024, organisées après la dissolution de la 14ᵉ législature, Pastef avait choisi de se présenter seul, ce qui lui avait permis une victoire écrasante.
Le Premier ministre, dans sa récente intervention « Face aux militants », avait évoqué la possibilité d’une « cohabitation douce » si le président s’éloignait de la vision du parti, rappelant que « Pastef doit être au cœur de la gouvernance ».
Cependant, le geste posé samedi par Bassirou Diomaye Faye, en officialisant son soutien à la coalition DiomayePrésident, laisse entrevoir une recomposition politique. Plusieurs observateurs évoquent un risque de blocage institutionnel, Pastef disposant d’une majorité confortable et le président étant juridiquement empêché de dissoudre l’Assemblée avant deux ans.
Toutefois, selon un haut responsable de Pastef, Sonko ne contrôle pas tous les députés et pourrait se heurter à certaines résistances. Lors d’une audience au palais présidentiel, sur 130 députés, 105 étaient présents, mais peu ont affiché publiquement leur position. Parmi les 25 absents, moins d’une dizaine ont manifesté leur soutien à Sonko, comme le député Cheikh Bara Ndiaye.
Du côté des ministres et directeurs généraux, la prudence reste de mise. À l’exception de quelques personnalités, comme Waly Diouf Bodiang ou Bassirou Kébé, la plupart n’ont pas pris position publiquement. Certaines déclarations commencent toutefois à émerger : Khady Dène Gaye se dit engagée auprès de Sonko, tandis que Serigne Guèye Diop et Abderrahmane Diouf affichent leur alignement avec le président.
Malgré ces tensions, plusieurs sources proches du pouvoir restent confiantes quant à une résolution. « Ils vont arrondir les angles, parce que ce qui les lie dépasse la politique », affirme un informateur, soulignant les enjeux institutionnels et personnels qui dépassent le simple affrontement partisan.
