Guinée : la junte dissout 40 partis politiques, dont les principales formations d’opposition

Guinée : la junte dissout 40 partis politiques, dont les principales formations d’opposition

Les autorités de Guinée ont annoncé la dissolution de 40 partis politiques, dont les trois principales formations d’opposition, par un décret pris dans la nuit de vendredi à samedi. Cette décision s’inscrit dans un contexte de durcissement du pouvoir exercé par le chef de la junte, Mamady Doumbouya.

Arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2021, Doumbouya a été élu président fin décembre lors d’un scrutin marqué par l’exclusion de plusieurs figures majeures de l’opposition.

Les principaux partis d’opposition dissous

Le décret du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation évoque un « manquement à leurs obligations » pour justifier la dissolution des formations politiques.

Parmi les partis concernés figurent notamment :

  • l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) dirigée par Cellou Dalein Diallo, actuellement en exil ;
  • le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), formation de l’ancien président Alpha Condé ;
  • l’Union des forces républicaines (UFR).

Selon l’ordonnance, cette dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité juridique des partis concernés. Elle interdit également toute activité politique ainsi que l’utilisation de leurs acronymes, logos ou emblèmes.

Les biens de ces formations ont été placés sous séquestre, et un curateur a été désigné pour superviser leur transfert, sans que les autorités ne précisent à quelle entité ces actifs seront attribués.

Vives réactions de l’opposition et de la société civile

Les partis politiques et plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé cette décision, qu’ils qualifient de dérive autoritaire.

Le coordinateur de la communication de l’UFDG, Souleymane de Souza Konate, a estimé que « toutes les lignes rouges » avaient été franchies dans ce qu’il décrit comme « l’acte final d’une véritable farce politique » visant à instaurer un État à parti unique.

De son côté, Ibrahima Diallo, figure du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), a déclaré que cette mesure « officialise une dictature désormais établie comme mode de gouvernance ».

Plusieurs militants du FNDC sont également portés disparus, notamment Oumar Sylla, connu sous le nom de Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, dont les proches n’ont plus de nouvelles depuis juillet 2024.

Une nouvelle Constitution qui renforce le pouvoir

Âgé de 41 ans, Mamady Doumbouya a pris le pouvoir en septembre 2021 en renversant Alpha Condé, premier président démocratiquement élu du pays.

Une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en septembre dernier, autorise les membres de la junte à se présenter aux élections et prolonge la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable une fois. Doumbouya a prêté serment le 17 janvier.

Ces dernières années, les opposants dénoncent une multiplication des arrestations, des exils forcés et des enlèvements visant des figures critiques du pouvoir.

Un pays riche en ressources mais marqué par la pauvreté

Depuis son indépendance en 1958, la Guinée a connu une histoire politique marquée par des régimes militaires et autoritaires.

Malgré ses importantes ressources minières, notamment en bauxite, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon les estimations de la Banque mondiale pour 2024.

La dissolution massive de partis politiques risque ainsi d’accentuer les tensions politiques et l’incertitude sur l’avenir démocratique du pays.

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