Belgique : l’application TripRank dans le viseur des autorités pour ses dérives liées à la vitesse

Une nouvelle application mobile de suivi de conduite suscite la controverse en Belgique. Baptisée TripRank, elle permet aux automobilistes d’enregistrer leurs trajets et d’obtenir différentes statistiques sur leur conduite, notamment les distances parcourues, les vitesses moyenne et maximale ou encore certains aspects du comportement au volant.

Lancée au début de l’année 2026, l’application utilise le GPS du smartphone pour analyser les déplacements des utilisateurs. Si la version gratuite se limite principalement au suivi individuel, la formule payante, proposée à six euros par mois ou 35 euros par an, permet de participer à des classements entre utilisateurs.

C’est précisément cette dimension compétitive qui inquiète les autorités et les associations de sécurité routière.

Une application accusée de favoriser la course à la vitesse

TripRank affirme dans ses conditions d’utilisation ne pas encourager les excès de vitesse ni les comportements dangereux. Ses concepteurs assurent notamment que les classements ne reposent pas sur la vitesse de conduite et que l’application ne constitue pas une course chronométrée.

Cependant, des éléments rapportés par la presse belge ont alimenté la polémique. Selon ces informations, des conducteurs roulant à très grande vitesse pouvaient obtenir des récompenses ou améliorer leur position dans le classement. Une vidéo montrant un compteur à 250 km/h pouvait notamment être associée à un « très bon score ».

L’application proposait également une rémunération pour certaines vidéos publiées par les utilisateurs, à hauteur de 50 centimes d’euro pour 1 000 vues.

Face aux critiques, le concepteur de TripRank, Uros Mijajlovic, a reconnu des erreurs dans la communication autour de l’application. Il affirme que l’entreprise ne cautionne pas les courses de rue et précise qu’il n’existait pas, dans l’application elle-même, de classement basé sur la vitesse maximale.

Le développeur a également annoncé le retrait temporaire de TripRank des plateformes, le temps de procéder à une refonte destinée à favoriser une conduite respectueuse des limitations de vitesse.

Les autorités belges préoccupées

Depuis son lancement, TripRank aurait enregistré environ 250 000 téléchargements dans le monde. Son succès sur les réseaux sociaux suscite toutefois des inquiétudes quant à son utilisation par de jeunes conducteurs ou par des personnes attirées par les excès de vitesse et les comportements à risque.

L’Institut Vias, spécialisé dans la sécurité routière en Belgique, critique vivement le principe d’une application susceptible d’encourager les conducteurs à rechercher les performances au volant.

« La route n’est ni un circuit automobile, ni un terrain de jeu », rappelle son porte-parole Benoît Godard, soulignant les conséquences humaines des accidents de la circulation en Belgique.

La police fédérale partage ces préoccupations. Selon son porte-parole Régis Kalut, une application qui permet d’enregistrer, de comparer et de diffuser des données liées à des comportements dangereux peut contribuer à créer une forme de communauté autour de la prise de risques.

Une éventuelle interdiction envisagée

La polémique est désormais suivie au niveau politique. Le cabinet du ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, examine l’ampleur du phénomène en Belgique et envisage, en concertation avec le ministère de la Justice, différentes possibilités, allant jusqu’à une éventuelle interdiction de TripRank sur le territoire belge.

De son côté, le concepteur assure vouloir revoir en profondeur le fonctionnement et la communication de l’application. Reste à savoir si ces modifications permettront de dissiper les inquiétudes des autorités et des acteurs de la sécurité routière.

En attendant cette refonte, TripRank reste indisponible, selon son concepteur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *