
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé jeudi à Paris à accélérer les réformes destinées à renforcer la compétitivité et l’autonomie économique de l’Union européenne. S’exprimant devant des entrepreneurs français réunis au stade Roland-Garros à l’initiative du Mouvement des entreprises de France (MEDEF), elle a défendu une Europe capable de « produire, investir et protéger ».
Selon Ursula von der Leyen, les entreprises européennes doivent faire face à plusieurs difficultés simultanées, parmi lesquelles le coût élevé de l’énergie, les obstacles persistants au sein du marché unique, la complexité réglementaire et une concurrence internationale parfois jugée déloyale. Elle estime que l’Union doit rapidement redonner aux entreprises les moyens d’investir et de gagner en productivité.
La Commission européenne ambitionne ainsi de réduire d’ici 2029 les charges administratives de 25 % pour l’ensemble des entreprises et de 35 % pour les petites et moyennes entreprises. Les douze paquets législatifs « omnibus » présentés par l’exécutif européen pourraient, selon von der Leyen, générer près de 17 milliards d’euros d’économies chaque année.
La Chine, un partenaire mais aussi un défi
Les relations commerciales avec la Chine occupent une place importante dans la stratégie européenne présentée par la présidente de la Commission. Ursula von der Leyen considère Pékin comme un partenaire économique majeur, mais plaide pour des échanges fondés sur la réciprocité et des règles équitables.
Elle a notamment souligné la hausse de 45 % des importations européennes en provenance de Chine en cinq ans et l’augmentation du déficit commercial européen. La dépendance de l’Union à l’égard de la Chine pour certaines matières premières critiques et terres rares constitue également, selon elle, un enjeu stratégique.
Face à ces déséquilibres, la Commission européenne a renforcé ses instruments de défense commerciale. Plus de 30 nouvelles enquêtes auraient ainsi été ouvertes en 2025, tandis que les mesures déjà adoptées permettraient de protéger plus de 600 000 emplois européens, selon les chiffres avancés par von der Leyen.
Mobiliser l’épargne pour financer les entreprises européennes
La présidente de la Commission a également insisté sur la nécessité de mieux orienter l’épargne européenne vers l’investissement. Elle a évoqué quelque 10 000 milliards d’euros actuellement détenus sous forme de dépôts bancaires, alors qu’une partie importante de l’épargne européenne est investie en dehors du continent.
L’Union de l’épargne et de l’investissement pourrait, selon elle, permettre de débloquer jusqu’à 470 milliards d’euros d’investissements supplémentaires. Ursula von der Leyen a appelé les États membres à parvenir à un accord sur ce dispositif avant la fin de l’année.
Parallèlement, plus de 450 milliards d’euros devraient être mobilisés à travers le Fonds européen pour la compétitivité et le programme Horizon Europe afin de soutenir l’innovation, de la recherche à la production industrielle.
Énergie, marché unique et intelligence artificielle au cœur de la stratégie
Ursula von der Leyen a également plaidé pour un approfondissement du marché unique européen. Elle estime que les barrières internes constituent un frein majeur à la croissance et peuvent représenter un coût équivalent à des droits de douane particulièrement élevés.
Elle a notamment défendu le projet « EU Inc. », qui vise à faciliter la création d’entreprises dans l’Union grâce à un cadre juridique commun et à des procédures entièrement numériques.
Sur le front énergétique, la présidente de la Commission a reconnu que les prix européens restaient nettement supérieurs à ceux observés aux États-Unis et en Chine. Elle a appelé à accélérer le développement des énergies renouvelables, des réseaux électriques et des capacités de stockage afin de réduire la dépendance de l’Union aux énergies fossiles importées.
La décarbonation industrielle et l’intelligence artificielle figurent également parmi les priorités européennes. Bruxelles prévoit notamment de mobiliser plusieurs dizaines de milliards d’euros pour soutenir les investissements dans ces secteurs stratégiques.
Pour Ursula von der Leyen, l’Europe doit désormais s’adapter à un environnement mondial profondément transformé. Le modèle fondé sur une énergie bon marché importée, un commerce mondial largement ouvert et une dépendance technologique moindre n’est plus garanti. « Ces évidences ont disparu », a-t-elle résumé, appelant ainsi l’Union européenne à renforcer sa capacité à produire, investir et protéger ses intérêts économiques.
