
Le Gouvernement du Sénégal a lancé, ce 19 septembre 2026, l’appel à candidatures pour la sélection des membres du Collège du Conseil national de Régulation des Médias (CNRM), appelé à remplacer le Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA). Une étape importante dans l’installation de la nouvelle autorité chargée d’encadrer un paysage médiatique profondément transformé par le numérique.
Le processus d’installation du Conseil national de Régulation des Médias entre dans une nouvelle phase. Les autorités sénégalaises ont ouvert les candidatures pour le recrutement des membres du Collège de cette nouvelle institution, créée par la loi n° 2026-09 du 10 avril 2026.
À travers cette réforme, le gouvernement entend renforcer le cadre de régulation du secteur des médias et accompagner les mutations rapides de l’écosystème de l’information et de la communication.
Le CNRM est institué comme une autorité administrative indépendante bénéficiant de l’autonomie financière et rattachée à la Présidence de la République. Il doit notamment contribuer à garantir le pluralisme de l’information, le respect des libertés individuelles et collectives ainsi que le droit des citoyens à une information diversifiée et accessible.
Les candidatures ouvertes jusqu’au 5 octobre
Les personnes intéressées devront transmettre leur dossier exclusivement en ligne, au format PDF, via la plateforme Sociumjob. Le dossier devra notamment comprendre une lettre de motivation, un curriculum vitae, les copies certifiées conformes des diplômes, des références professionnelles ainsi qu’une déclaration sur l’honneur.
La date limite de dépôt est fixée au 5 octobre 2026 à 00 heure.
La sélection s’effectuera en deux étapes. Les dossiers feront d’abord l’objet d’un examen et d’une présélection, avant que les candidats retenus ne soient convoqués à des entretiens devant un comité de recrutement.
Une exigence supplémentaire est prévue pour le poste de président du CNRM. Les candidats présélectionnés devront présenter un projet directorial. Pour les autres fonctions, les postulants devront soumettre un projet de régulation exposant leur vision et leurs orientations pour l’exercice de leurs futures responsabilités.
Une réforme qui élargit le champ de la régulation
La création du CNRM intervient dans un paysage médiatique qui a profondément évolué avec l’essor de la presse en ligne, des plateformes numériques et des réseaux sociaux.
Contrairement au CNRA, dont les compétences étaient principalement centrées sur l’audiovisuel, le nouveau régulateur est appelé à intervenir sur un champ beaucoup plus large. Son périmètre couvre notamment la presse écrite, la communication audiovisuelle, la presse en ligne, les plateformes numériques et les plateformes de partage.
L’objectif est ainsi d’adapter la régulation aux nouvelles pratiques de production, de diffusion et de consommation de l’information.
Adoptée par l’Assemblée nationale le 3 mars 2026 et promulguée le 10 avril suivant, la loi portant création du CNRM officialise le remplacement du CNRA par cette nouvelle autorité. Le Conseil constitutionnel avait auparavant censuré certaines dispositions du texte, tout en déclarant conformes à la Constitution plusieurs autres dispositions, sous réserve d’interprétation.
Le président au cœur du dispositif
Le futur président du CNRM aura la responsabilité de piloter la nouvelle institution et d’assurer la mise en œuvre de ses missions.
Il devra notamment représenter l’autorité aux niveaux national, régional et international, présider ses sessions, assurer son administration et veiller à l’élaboration et à l’exécution de son plan stratégique de développement.
Il lui appartiendra également de proposer les politiques, mesures et instruments nécessaires à la régulation du secteur, tout en veillant au respect des cadres juridiques nationaux, communautaires et internationaux.
La fonction nécessitera ainsi des compétences en matière de gouvernance institutionnelle, mais aussi une connaissance des enjeux économiques, technologiques, juridiques et éditoriaux auxquels est confronté le secteur des médias.
Pluralisme, liberté de l’information et déontologie
Le CNRM aura notamment pour mission de veiller au respect des textes législatifs et réglementaires applicables aux différents médias relevant de son champ de compétence.
L’autorité devra également veiller à la liberté et à l’indépendance de l’information, à l’impartialité du secteur public de l’information et de la communication ainsi qu’au respect des règles déontologiques.
Le pluralisme occupera une place centrale dans son mandat. Le régulateur devra notamment garantir l’expression des différents courants de pensée et d’opinion, particulièrement pendant les périodes électorales et référendaires.
La qualité et la diversité des programmes figurent également parmi les objectifs assignés à la nouvelle autorité, tout comme la valorisation du patrimoine culturel national, africain et universel.
Le CNRM pourra par ailleurs formuler des avis, propositions et recommandations à l’attention des pouvoirs publics lorsqu’il l’estimera nécessaire.
Onze experts pour composer le Collège
La nouvelle architecture prévoit la participation de plusieurs catégories d’experts au sein du Collège du CNRM. Au total, onze membres sont appelés à siéger dans cette instance.
Parmi les profils recherchés figure notamment un expert issu du secteur des professionnels de la communication audiovisuelle. Son expertise devra contribuer aux délibérations du Collège, particulièrement sur les questions liées à la communication audiovisuelle.
De manière générale, les membres du Collège participeront aux délibérations de l’autorité, au suivi de l’application des textes encadrant la régulation des médias ainsi qu’à l’approbation des orientations et documents stratégiques du CNRM.
Le numérique au cœur des nouveaux enjeux
L’une des principales caractéristiques du CNRM réside dans l’élargissement de son champ d’intervention à l’écosystème numérique.
L’autorité devra désormais composer avec des acteurs et des modes de diffusion qui dépassent les cadres traditionnels de la radio, de la télévision et de la presse écrite. Réseaux sociaux, plateformes numériques et nouveaux modes de production de contenus ont profondément modifié le rapport des citoyens à l’information.
La réforme vise donc à instaurer une régulation plus globale de l’écosystème médiatique, indépendamment des technologies ou des supports utilisés.
Lors de l’examen du projet de loi par l’Assemblée nationale, la réforme avait été présentée comme une évolution d’une régulation principalement sectorielle vers une approche plus intégrée de l’environnement informationnel.
Avec le lancement de l’appel à candidatures, le Sénégal franchit ainsi une nouvelle étape dans la mise en place du CNRM. La composition de son premier Collège constituera l’un des prochains jalons de l’opérationnalisation de cette nouvelle architecture de régulation des médias.
