
De Kédougou à Tambacounda, la campagne agricole 2026 révèle à la fois le potentiel du Sénégal oriental et les difficultés auxquelles restent confrontés les producteurs. Après Saréya, la délégation du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE), conduite par le ministre Dr Cheikhou Oumar Bâ, a poursuivi sa tournée sur le terrain pour évaluer l’état des cultures et recueillir les préoccupations des acteurs.
À Kédougou, des exploitations qui misent sur le potentiel local
À Darou Salam, dans la région de Kédougou, la délégation ministérielle a découvert une vallée de près de 1 000 hectares ainsi qu’une coopérative agricole regroupant 81 membres, dont 60 femmes. La visite s’est également poursuivie sur une parcelle de 15 hectares dédiée à la multiplication de semences de riz.
Cette activité occupe une place stratégique dans la sécurisation des campagnes agricoles, alors que l’accès à des semences de qualité demeure un enjeu majeur pour les producteurs.
À Sinthiou Gokki, les superficies mises en culture témoignent également de la mobilisation des agriculteurs. M. Ngania Touré y exploite notamment 26 hectares de maïs. Les productrices rencontrées par la délégation ont toutefois fait part de plusieurs contraintes, notamment liées à la maîtrise de l’eau, au stockage des récoltes et à leur commercialisation.
La tournée dans la région s’est achevée à Bandafassi, sur l’exploitation de Mère Aya Ndiaye. Sur une superficie d’environ 65 hectares, elle développe notamment la production de riz marchand et la multiplication de semences.
Ces différentes exploitations illustrent le potentiel agricole de Kédougou, mais également l’importance des infrastructures, des équipements et de l’accès à l’eau pour permettre aux producteurs de mieux valoriser les terres disponibles.
Tambacounda confrontée au déficit pluviométrique
À Tambacounda, le potentiel agricole est considérable. La région dispose d’environ 900 200 hectares de terres cultivables et d’un potentiel irrigable estimé à plus de 15 000 hectares.
Son réseau hydrographique et la diversité de ses zones agroécologiques offrent également des perspectives dans plusieurs filières, notamment l’agriculture, l’élevage, la pisciculture et la transformation agroalimentaire.
La campagne 2026 reste cependant perturbée par une pluviométrie déficitaire. Au 18 septembre, le cumul moyen enregistré s’établissait à 456,71 mm, contre 567,26 mm à la même période en 2025, soit un déficit de 107,95 mm.
Dans plusieurs zones, une interruption des pluies d’une durée comprise entre 20 et 25 jours a été constatée. À Tambacounda, la dernière pluie significative remontait notamment au 24 août.
Sur le terrain, les conséquences de ce déficit hydrique sont visibles. À Sinthiou Malem, dans l’exploitation de la coopérative Wouly Sandougou, comme à Medina Yara, où Mamadou Diatta exploite huit hectares de maïs, les producteurs font face aux effets du stress hydrique. Les cultures semées tardivement, mais aussi le riz, le maïs et le fonio figurent parmi les plus exposées.
Jeunes et femmes au cœur de la dynamique
Malgré ces contraintes, les producteurs continuent de développer leurs activités. À Daré Siby, Thierno Diallo, 24 ans, associe agriculture et élevage. Il cultive notamment le maïs, l’arachide, le mil et le coton et emploie trois personnes.
À Missira, Fanta Souaré exerce à la fois comme productrice et opératrice de semences. Elle exploite 11 hectares, principalement consacrés au fonio.
Dans plusieurs communes, les superficies consacrées au maïs et à l’arachide connaissent également une progression. Cette évolution entraîne une hausse de la demande en intrants agricoles. Dans certaines localités, les quantités d’engrais disponibles ne suffisent toutefois plus à répondre aux besoins exprimés par les producteurs.
Le Grenier du Maïs affiche une forte activité
Le programme Grenier du Maïs illustre cette progression. À Medina Yara, la coopérative a emblavé plus de 560 hectares, dont 255 hectares géolocalisés et couverts par l’assurance agricole.
Lors de la précédente campagne, elle avait commercialisé plus de 7 800 tonnes auprès des meuniers, pour un bénéfice annoncé dépassant 300 millions de francs CFA.
Le financement constitue également un levier important. La LBA a injecté plus de 800 millions de francs CFA dans le département, avec un taux de remboursement annoncé à 98 %.
Vers une accélération de la mécanisation
Face aux préoccupations exprimées par les producteurs, le ministre de l’Agriculture a réaffirmé plusieurs orientations gouvernementales.
Les opérations de mise en place des intrants devront désormais démarrer au plus tard au début du mois de mai, conformément aux instructions issues du dernier conseil interministériel.
Le gouvernement prévoit également la mise à disposition prochaine de 500 tracteurs et de 500 motoculteurs, accompagnés de matériels attelés, au profit des producteurs des 14 régions du Sénégal.
Le ministre a par ailleurs invité les services déconcentrés de l’agriculture et de l’élevage à renforcer leur présence sur le terrain afin de mieux identifier les difficultés rencontrées par les exploitants et d’apporter des réponses adaptées.
L’eau et les équipements, des enjeux prioritaires
La tournée ministérielle met en évidence une réalité contrastée dans le Sénégal oriental. À Kédougou, les producteurs mettent l’accent sur la maîtrise de l’eau, le stockage et l’accès aux marchés. À Tambacounda, le déficit pluviométrique souligne davantage la nécessité de renforcer la résilience des exploitations face aux aléas climatiques.
Pour le ministre, l’action de l’État doit consister à « fixer le cap, assurer le suivi, accompagner les acteurs », tandis que la mise en œuvre repose sur les communautés, les producteurs et les populations.
Dans cette partie du pays, le potentiel agricole apparaît donc important, mais sa transformation en production durable reste conditionnée à plusieurs facteurs : maîtrise de l’eau, accès aux équipements et aux semences, financement, disponibilité des intrants et amélioration des circuits de commercialisation.
À travers cette tournée, le MASAE entend poursuivre le suivi de la campagne agricole dans le cadre du Plan Diomaye pour le Sénégal oriental, avec l’ambition affichée de faire de l’agriculture un levier de souveraineté alimentaire et de développement économique des territoires.
Au-delà de la rencontre avec les organisations patronales, l’initiative vise à installer un cadre de concertation plus régulier entre l’État et le monde de l’entreprise. Les discussions devraient notamment porter sur les difficultés rencontrées par les entreprises, les contraintes qui pèsent sur leur activité ainsi que les propositions susceptibles d’améliorer leur environnement.
L’État veut renforcer le partenariat avec les entreprises
Cette démarche s’inscrit dans les orientations de la Vision Sénégal 2050 et du Masterplan Sénégal 2025-2034, qui font du secteur privé un acteur important de la transformation structurelle de l’économie.
Le Gouvernement souhaite ainsi favoriser une participation accrue des entreprises à la mise en œuvre des réformes et des politiques destinées à stimuler l’investissement, la production et l’activité économique.
Cette volonté intervient toutefois dans un contexte marqué par des contraintes économiques et financières. La rencontre intervient quelques semaines après la conclusion, le 1er septembre 2026, de l’accord technique avec le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que le lancement du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS).
Les tensions sur les finances publiques ont également des conséquences sur le fonctionnement des entreprises, notamment en matière de trésorerie et de capacité d’investissement. Dans ce contexte, le dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé doit permettre d’identifier plus précisément les difficultés rencontrées sur le terrain et d’examiner les réponses pouvant leur être apportées.
Une concertation dans le prolongement des échanges avec le patronat
La réunion convoquée à la Primature fait suite aux orientations données par le président de la République lors du Conseil des ministres du 10 septembre 2026.
Elle intervient également dans le prolongement des audiences accordées aux principales organisations patronales. La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES) avait notamment été reçue le 17 juillet 2026, tandis que le Conseil national du patronat (CNP) avait été reçu le 3 septembre dernier.
À travers ces différentes rencontres, l’Exécutif cherche à renforcer la concertation avec les organisations représentatives du secteur privé et à recueillir leurs contributions sur les réformes économiques, l’environnement des affaires et les mesures susceptibles de soutenir l’investissement.
Les représentants du patronat auront ainsi l’occasion de présenter leurs préoccupations au Premier ministre, mais également de formuler des propositions destinées à accompagner le développement des entreprises et la relance de l’investissement.
Le prochain Conseil présidentiel de l’investissement en ligne de mire
La rencontre de jeudi doit également contribuer à préparer le prochain Conseil présidentiel de l’investissement (CPI), dont l’organisation a été demandée par le chef de l’État.
Les différentes organisations du secteur privé devraient être associées aux travaux préparatoires afin de faire émerger des propositions concrètes concernant les projets, les réformes et les secteurs à privilégier.
L’objectif est notamment de rapprocher les priorités définies par l’État des réalités auxquelles sont confrontées les entreprises, afin de favoriser un cadre plus propice à l’investissement et à la compétitivité.
Dans cette perspective, l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX) pourrait également présenter l’état d’avancement de ses échanges et travaux avec les acteurs du secteur privé.
Cette réunion marque ainsi une nouvelle étape dans la volonté affichée par le Gouvernement d’instaurer une concertation plus régulière avec le monde économique. Les échanges devront notamment permettre de mieux articuler les politiques publiques avec les besoins des entreprises et de renforcer leur contribution à la transformation de l’économie sénégalaise.
